Henri Redlus

Henri Redlus en 1941
Collection particulière de J. et F. Redlus

Henri REDLUS (1926-1944-45)

          Henri Redlus, était le sixième d’une fratrie de dix enfants habitant rue Morel à Douai. Cependant, il était né à Paris le 20 janvier 1926 car, venant d’une famille juive très croyante, à chaque grossesse, sa mère Sophie allait jusqu’à Paris pour pouvoir faire circoncire son fils dès la naissance, puisqu’il n’y avait pas de rabbin à Douai. 

Henri (à gauche) et François Redlus en 1930
Collection particulière de J. et F. Redlus

Né dans une famille polonaise pauvre, ses parents ne parlaient que le polonais, ce qui explique que son père Moïse ait choisi d’être marchand ambulant, de coron en coron, pour vendre de la bonneterie aux mineurs polonais. Il se déplaçait dans une camionnette, sous la surveillance de leur chienne. Henri vivait dans une grande maison à l’angle de la rue Morel avec ses frères, ses sœurs, ses parents ainsi que son grand-père maternel. Ils avaient, en effet, fui l’antisémitisme de la Pologne pour la France, pays pour eux des Droits de l’Homme.

La famille comportant beaucoup d’enfants, Henri et son frère François étaient élevés par leur sœur aînée Simone. François se rappelle qu’elle les lavait dans une bassine et qu’ils chahutaient beaucoup. Ils avaient de nombreuses libertés, et François se souvient encore aujourd’hui qu’ils étaient turbulents. Les deux frères étaient très proches puisqu’ils dormaient dans la même chambre et qu’ils furent scolarisés ensemble à l’école maternelle, puis à l’école primaire Jules Ferry rue des Wetz, de 6 à 13 ans. Mais les deux frères gardaient cependant un certain esprit de compétition. François se rappelle notamment qu’il a obtenu un diplôme de 25 mètres nage libre, à 10 ans, et qu’il en était très fier, car son frère Henri ne l’avait pas obtenu. Ils aimaient jouer aux billes, faire du vélo sur la place Carnot ou au jardin public. Ils grimpaient aussi aux arbres, car François explique qu’après avoir vu Johnny Weissmuller jouer Tarzan au cinéma, ils ne pensaient qu’à l’imiter. Les deux frères Redlus pratiquaient aussi intensément la gymnastique à Douai, et faisaient de temps en temps des démonstrations place Carnot. Tous les dimanches ils se retrouvaient au musée de Douai, et chaque année ils étaient très contents d’assister au défilé des fêtes de « Gayant ».  Henri faisait partie des Scouts de France et voulait devenir Eclaireur « comme les grands ». Ils étaient très amis avec deux autres jeunes Douaisiens, Aimé Robbe et Georges Hage, et  fréquentaient également d’autres enfants juifs de Douai car sa famille organisait les cérémonies religieuses juives de la ville, en faisant venir de Lille ou de Paris une Torah et, pour ces fêtes, toutes les familles juives pratiquantes de Douai se retrouvaient rue Morel. Par ailleurs, les parents d’Henri et de François allaient souvent jouer aux cartes chez Nathan Strycharz, où les enfants jouaient dans la maison et les entrepôts.

Henri (à droite) et François Redlus le 20 juillet 1940.
Collection particulière de J. et F. Redlus

Lors de l’invasion allemande de la France en mai 1940, toute la famille a quitté Douai pour la Normandie et a donc abandonné la maison familiale qu’ils n’ont jamais revue car le bombardement allemand de mai 1940 a détruit le quartier allant de la gare jusqu’à la Scarpe. Ils sont ensuite partis en Bretagne puis à Paris, où ils étaient logés chez leur sœur aînée avant que leurs parents ne trouvent un appartement « 16 rue des immeubles industriels ». Henri a alors commencé un apprentissage de tailleur. Mais, le 15 juin 1942 (1), en allant chercher son étoile juive au commissariat de la rue Chanzy, il a été arrêté par la Gestapo parce que né juif, ce qui a conduit le reste de la famille Redlus à se disperser et à se cacher à la campagne jusqu’à la fin de la guerre.

         Après son arrestation à Paris, Henri a été interné au camp de Pithiviers, puis déporté le 21 septembre 1942, dans le convoi 35 vers Auschwitz. Il est décédé lors de la « marche de la mort » de l’hiver 1944-1945, comme l’ont raconté deux des survivants à sa famille après la guerre.

Lana DUPLOUY, Dhélia EMPIS, Romane GERVAIS, Soléane MELIS.

  • Le port de l’étoile avait été rendu obligatoire le 7 juin 1942

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Sources :  – entretiens avec Juliette et François Redlus, mai-juin 2022

  •  archives d’Auschwitz

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