Yossi-Joseph Strycharz

Présenté par Farah BAI, Camille BERTELET, Flo NIJAKOWSKI, Zoé NOWAK et P.RICAUX

Joseph et Alice Strycharz
Collection personnelle de Laurent Strichard

Yossi-Joseph Strycharz (1906-1942)

          Lorsque Yossi Strycharz débarqua d’un train de marchandises à la gare de Roubaix, à la toute fin des années 20, il fuyait les persécutions antisémites de la Pologne de ce temps. Il était le fils cadet de Mostek et Frimeta Strycharz, et rêvait d’études longues impossibles à mener en Pologne parce qu’il était  juif. Son frère Nathan le fit alors venir en France où il s’était installé. Le voyage de Yossi, ayant décidé de se prénommer Joseph en arrivant en France, fut long, et difficile car il se cachait, et n’osait acheter à manger. Il devint le bras droit  de son frère Nathan qui avait créé une entreprise de grains, apprit très vite le français et  suivit Nathan de Roubaix à Douai. Il était tombé amoureux, à Lodz, d’Alta-Alice Fingerhut, une jeune ouvrière textile dont le père et le frère aîné avaient été assassinés par des antisémites polonais. Joseph contacta sa mère, Frimeta, pour organiser des fiançailles à distance, et faire venir Alice à Douai. Un repas de fiançailles fut organisé à Lodz, sans Joseph, qui retrouva Alice à son arrivée Gare de l’Est, à Paris, en 1930. Puis, Joseph et Alice se marièrent à la mairie de Douai le 11 avril 1930, mais leur mariage religieux fut célébré à Bruxelles.

     Ensuite, Joseph et sa femme décidèrent de partir s’installer à Paris : ils habitèrent d’abord Belleville, quartier alors cosmopolite, avant de louer un appartement rue de Rivoli. Joseph trouva du travail dans le Marais en tant que pâtissier, métier de son père. Il fut embauché par le pâtissier Moscovitz, qui était réputé pour ses macarons. Le dimanche, il aimait se promener dans Paris avec sa femme. Leur premier enfant, Suzanne, naquit en octobre 1931, et leur fils, Charles-Jacques, en octobre 1937. Celui-ci fut circoncis huit jours après sa naissance, à Paris, en présence de Nathan et d’Annette, la famille de Joseph installée en France.

Joseph Strycharz, en uniforme de soldat de l’armée française, Légion étrangère,
1939
Collection personnelle de Laurent Strichard

     Après la déclaration de guerre, en septembre 1939, Joseph décida de s’engager, contre l’avis d’Alice, dans la Légion étrangère pour combattre l’armée allemande. Il fut blessé au combat, fait prisonnier mais s’évada et retourna combattre. Après sa démobilisation, en 1940, il ne retrouva pas sa famille rue de Rivoli mais apprit par des voisins qu’ils étaient partis vers Pau. Il les rejoignit donc à Lons, dans les environs de Pau, où Nathan avait loué une petite maison. Comme il ne trouvait pas de travail, il décida alors de rentrer à Paris, en zone occupée, avec sa femme et ses deux enfants. Il reprit alors son travail de pâtissier. Quand la législation nazie, soutenue par la dictature de Pétain, exigea que les juifs se déclarent, il se rendit, contre l’avis d’Alice, au commissariat de son quartier, dans un souci de légalité.

        Le 13 mai 1941, Joseph fut convoqué par la Préfecture de Paris, par un document numéroté sur papier vert, comme des milliers d’autres parisiens juifs. Il refusa de s’enfuir, comme le lui demandait Alice, car il craignait pour la vie de sa famille. Il se rendit donc à la Préfecture, avec Suzanne, car Alice parlait encore mal le français. Suzanne fut renvoyée chez elle pour aller chercher une valise de vêtements pour son père, et c’est elle, à 10 ans, qui la lui rapporta. Son père lui fit signe de s’enfuir le plus vite possible : il était l’un des 3 710 hommes de la « rafle du billet vert ». Ils furent déportés d’abord au camp de Beaune-la-Rolande, où Alice et ses enfants purent le voir une première fois très rapidement, après un trajet extrêmement éprouvant. Joseph eut ensuite une permission de 5 jours, en août 1941, et revint à Paris où il resta 18 jours avec sa famille. Il retourna au camp de Beaune-la-Rolande car il craignait toujours pour sa famille, mais, en raison de son retard, il fut affecté à une baraque regroupant les hommes considérés comme les plus rebelles, et subit de nombreuses vexations. Sa famille put le voir une seconde fois, au printemps 1942 : il avait fabriqué des jouets en bois pour ses enfants, et il dit à son fils de 5 ans qu’il allait désormais « être l’homme de la famille », mais qu’il avait confiance en lui et qu’il serait toujours auprès de lui. Ce fut la dernière fois qu’Alice et ses enfants virent Joseph.

     Il fut ensuite déplacé, comme la majorité des hommes de la rafle du billet vert, dans un camp à Compiègne, d’où il fut déporté à Auschwitz le 5 juin 1942. Il y fut assassiné, parce que  juif, le 12 juillet de cette même année.

     Alice et ses enfants survécurent à la guerre, cachés et protégés par la résistance, dans la Creuse, à Bussières-Saint-Georges où le secrétaire de mairie de Lons les avait aidés à partir en 1943, après l’arrestation et la déportation de Nathan.

Sources :

  • Entretiens avec Suzanne Alter-Strycharz, avril-juillet 2022
  • Entretiens avec Laurent Strichard, 2022
  • Extraits d’interviews vidéos de Charles-Jacques Strichard, USC Shoah Foundation Institute
  • Archives d’Auschwitz
  • Archives départementales des Hautes-Pyrénées

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